« Un rêve d’enfance devenu réalité » : il soigne les pieds en semaine et veille sur les brebis les week-ends

Il y a des destins qui échappent aux cases. Alexandre Penne, podologue à Auch en semaine, se transforme en berger passionné chaque week-end sur les hauteurs du Gers. Entre cabinet médical et prairies fleuries, il a bâti un double métier qui ressemble trait pour trait à ce qu’il imaginait, enfant, sans jamais oser y croire pleinement.

Un rêve d’enfance transformé en exploitation ovine dans le Gers

Tout commence avec une image ancrée dans la mémoire d’un gamin qui regardait les collines et rêvait d’y faire paître des animaux. Alexandre Penne n’a jamais abandonné cette vision, même lorsque la vie l’a orienté vers les études de podologie. « C’est un rêve de gamin », confie-t-il simplement, avec ce sourire de quelqu’un qui sait qu’il a eu la chance de ne pas trahir ses convictions profondes.

Après plusieurs années de réflexion menées en parallèle de sa carrière médicale, il suit une formation agricole à distance et franchit le cap en 2024. Avec sa compagne Alexine, il reprend une partie du troupeau d’une éleveuse partant à la retraite et s’installe sur les terres familiales situées au sud d’Auch. Leur exploitation, baptisée « La Ferme des Alex », est née.

Ce parcours singulier rappelle ces trajectoires humaines où l’on refait sa vie sans tout effacer, en construisant plutôt qu’en renonçant. Alexandre n’a pas quitté sa passion pour le soin : il l’a simplement élargie aux sols, aux prairies et aux animaux.

Du cabinet de podologue aux prairies : un double métier assumé avec passion

À 33 ans, Alexandre cumule deux identités professionnelles que tout semble opposer en apparence. En semaine, il soigne les pieds de ses patients dans son cabinet d’Auch. Le week-end, il veille sur ses brebis, surveille les clôtures, observe les sols et plante des haies. Pourtant, ce qui pourrait sembler épuisant est vécu comme une source d’équilibre.

Alexine, sa compagne, assume elle aussi une part considérable du travail. « Les week-ends, les vacances, une bonne partie de notre temps libre est consacrée à la ferme », témoigne-t-elle, bébé dans les bras. Cette phase de création demande une énergie colossale, mais le couple la vit comme un investissement dans quelque chose qui leur appartient profondément.

Cette dualité entre travail en semaine et engagement agricole les week-ends est loin d’être anecdotique. Elle pose une question que beaucoup de personnes portent secrètement : peut-on réellement honorer deux vocations sans en sacrifier une ? Chez Alexandre, la réponse semble être oui, à condition de s’organiser avec rigueur et de partager les valeurs avec son partenaire de vie.

La Ferme des Alex : une agroécologie engagée pour restaurer les sols et la biodiversité

Le troupeau compte aujourd’hui près de 80 brebis réparties sur un peu moins de 19 hectares. Mais derrière ces chiffres se cache une philosophie agricole exigeante, fondée sur ce qu’Alexandre appelle lui-même « l’agriculture du carbone ». L’objectif central : stocker du carbone dans les sols, améliorer leur fertilité sur le long terme, optimiser la rétention d’eau et recréer des conditions favorables à la biodiversité.

Concrètement, cela se traduit par la réimplantation de prairies naturelles, la mise en place d’un pâturage tournant rigoureux et un vaste programme de plantation d’arbres et de haies champêtres. Certaines parcelles avaient perdu une grande partie de leur matière organique au fil des décennies d’agriculture intensive. Le couple entreprend aujourd’hui de leur redonner vie, mètre carré par mètre carré.

Des centaines d’arbres replantés là où ils avaient été arrachés

Avec l’appui de l’association Arbres et Paysages 32, plusieurs centaines d’arbres adaptés aux conditions locales du Gers ont déjà été plantés sur l’exploitation. Cette démarche dépasse le simple geste écologique : elle s’inscrit dans une mémoire du territoire.

« Quand les anciens du coin nous ont vus replanter certaines haies, ils nous ont dit qu’on les remettait exactement là où elles avaient été arrachées il y a des décennies », raconte Alexandre avec une émotion palpable. Cette phrase résume à elle seule la portée du projet : réparer ce qui a été défait, renouer avec une sagesse agricole que l’ère de l’industrialisation avait mise à l’écart.

L’arbre, dans leur vision, n’est pas qu’un élément paysager. Il devient progressivement une ressource pour le troupeau, un régulateur climatique local et un marqueur identitaire du paysage gascon. C’est cette vision systémique qui distingue La Ferme des Alex des exploitations conventionnelles voisines.

Les piliers agronomiques de leur démarche

Pour mieux comprendre la cohérence de leur approche, voici les grands axes qui structurent le fonctionnement de l’exploitation :

  • Pâturage tournant : les brebis se déplacent régulièrement d’une parcelle à l’autre pour laisser les sols se régénérer naturellement
  • Réimplantation de prairies naturelles : remplacement progressif des surfaces appauvries par des mélanges floraux locaux
  • Plantation de haies champêtres : en partenariat avec l’association Arbres et Paysages 32, pour recréer des corridors de biodiversité
  • Stockage de carbone dans les sols : objectif central de leur modèle agroécologique, avec des effets mesurables sur la fertilité à long terme
  • Vente directe d’agneaux : pour créer un lien de confiance avec les consommateurs locaux et valoriser leur travail au juste prix
  • Limitation raisonnée du cheptel : refus d’aller au-delà des capacités naturelles des parcelles, pour ne pas épuiser ce qu’ils ont mis tant d’énergie à construire

Chiffres clés et calendrier de la Ferme des Alex

IndicateurDétail
Superficie de l’exploitationEnviron 19 hectares
Nombre de brebisPrès de 80 têtes
Année de lancement2024
Âge du porteur de projet33 ans
Activité principale en semainePodologue à Auch
Mode de commercialisationVente directe d’agneaux
Partenaire associatifArbres et Paysages 32
Arbres plantésPlusieurs centaines

Produire de la viande sans détruire : un message qui bouscule les idées reçues

Dans un contexte où l’élevage est souvent montré du doigt pour son impact environnemental, Alexandre Penne porte un message nuancé et courageux. « On entend souvent dire que l’élevage est forcément mauvais pour l’environnement. Nous, on essaie de démontrer qu’on peut produire de la viande tout en améliorant les sols, en stockant du carbone et en favorisant la biodiversité. »

Cette position n’est pas une posture : elle repose sur des pratiques concrètes, mesurables, et sur une humilité face au temps long. « On dit souvent qu’il faut quatre ou cinq ans pour détruire un sol, mais une génération d’agriculteurs pour le reconstruire », rappelle-t-il. Une formule qui devrait figurer en bonne place dans n’importe quel recueil de citations sur le rêve et la réalité, tant elle condense l’essentiel de leur engagement.

Alexandre ne juge pas ses voisins qui travaillent différemment. Il comprend les contraintes économiques, les histoires familiales, les modèles hérités. Mais il démontre, par l’exemple, qu’une autre voie est possible. Et c’est précisément cette absence d’arrogance qui rend son projet si touchant et si inspirant.

Veiller sur les brebis comme on prend soin d’un patient : une même éthique du vivant

Il existe, au fond, une cohérence profonde entre le métier de podologue et celui d’éleveur. Dans les deux cas, il s’agit d’observer, de prévenir, de soigner et de respecter le rythme naturel des choses. Soigner les pieds d’un patient ou veiller sur les brebis en pâturage mobilisent la même attention au détail, la même capacité à lire des signaux discrets.

Cette analogie n’est pas anodine. Elle dit quelque chose d’important sur la manière dont certaines personnes construisent leur vie : non pas en choisissant entre deux passions, mais en trouvant le fil invisible qui les relie. Alexandre Penne a trouvé ce fil. Et il le tient solidement, des deux mains.

Des initiatives similaires, bien que dans des contextes très différents, montrent combien le soin et la passion peuvent se déployer sous des formes inattendues. On pense par exemple à cet homme qui soigne les pieds des sans-abri à Paris, alliant compétence médicale et engagement humain profond, loin de tout protocole institutionnel.

Qui est Alexandre Penne ?

Alexandre Penne est un podologue de 33 ans exerçant à Auch, dans le Gers. En parallèle de son activité médicale, il a lancé en 2024 une exploitation ovine agroécologique baptisée La Ferme des Alex, qu’il gère avec sa compagne Alexine les week-ends et pendant les vacances.

Comment fonctionne le modèle agroécologique de la Ferme des Alex ?

L’exploitation repose sur le pâturage tournant, la réimplantation de prairies naturelles, la plantation de haies et d’arbres en partenariat avec l’association Arbres et Paysages 32, ainsi que sur le stockage de carbone dans les sols. L’objectif est de produire de la viande tout en restaurant la biodiversité et la fertilité des terres.

Combien de brebis compte l’exploitation ?

La Ferme des Alex compte aujourd’hui près de 80 brebis réparties sur un peu moins de 19 hectares. Le couple souhaite faire croître le troupeau progressivement, sans dépasser les capacités naturelles des parcelles.

Comment Alexandre Penne concilie-t-il son travail de podologue et l’élevage ?

Il exerce comme podologue en semaine dans son cabinet d’Auch, et consacre ses week-ends, ses vacances et une grande partie de son temps libre à la ferme. Cette organisation exigeante est rendue possible par l’implication totale de sa compagne Alexine et par une planification rigoureuse des tâches agricoles.

La Ferme des Alex commercialise-t-elle ses produits ?

Oui, l’exploitation a développé la vente directe d’agneaux, une étape importante pour cette jeune structure qui souhaite créer un lien de proximité avec les consommateurs locaux et valoriser ses pratiques agroécologiques au juste prix.

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